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Isolation thermique : pourquoi la valeur R ne suffit plus ?

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Depuis plusieurs mois, une série de publications scientifiques et institutionnelles convergent vers un même constat, inconfortable pour le secteur : les performances réelles des isolants thermiques s’écartent significativement des valeurs déclarées. En juillet 2025, l’Observatoire National de la Rénovation Énergétique publie une étude sur 80 000 logements français révélant que les économies d’énergie constatées après travaux d’isolation ne représentent que 36 à 47 % des gains conventionnels prédits. Quelques semaines plus tôt, le rapport Rivaton remis au ministère du Logement pointait une adaptation climatique « encore incomplète » de la RE2020 et estimait que les économies carbone théoriques pourraient être 15 à 25 % plus faibles dans la réalité. Plus tôt encore, des organismes comme l’AICB, l’IFPEB ou Carbone 4 alertaient sur les limites des méthodes de calcul actuelles, incapables de rendre compte de l’ensemble des propriétés thermiques des matériaux.

Ces signaux ne sont pas isolés. Ils s’accumulent et dessinent une question de fond que le secteur de l’isolation ne peut plus esquiver : se fonde-t-on sur les bons critères pour évaluer la performance d’un isolant ?

La résistance thermique R (paramètre central de toute prescription depuis des décennies) mesure la capacité d’un matériau à s’opposer aux transferts de chaleur par conduction, dans des conditions de laboratoire statiques et contrôlées. Elle ne dit rien de ce qui se passe lorsque l’isolant est en œuvre, exposé aux variations de température, à l’humidité, à la ventilation du comble ou aux mouvements d’air internes. Or, c’est précisément dans ces conditions réelles que la physique des matériaux diverge, parfois de façon spectaculaire.

Cet article s’appuie sur des données factuelles et des études scientifiques pour documenter cet écart et identifier les critères complémentaires (densité, déphasage, hygrométrie, effusivité, empreinte carbone) que la prescription d’un isolant performant exige désormais d’intégrer.

1. Ce que les publications récentes révèlent sur les performances réelles des isolants

1.1 Un écart documenté entre gains théoriques et économies réelles

En juillet 2025, l’Observatoire National de la Rénovation Énergétique (ONRE) publie une étude fondée sur les données de 80 000 maisons individuelles équipées de compteurs communicants Linky et Gazpar. Les résultats sont significatifs : après travaux d’isolation aidés par les CEE et MaPrimeRénov’, les économies d’énergie réelles ne représentent que 36 % des gains théoriques pour l’électricité, et 47 % pour le gaz.1 Pour chaque kilowattheure économisé annoncé par les fiches standardisées CEE, moins de la moitié est effectivement constaté sur les factures.

Les auteurs identifient plusieurs facteurs explicatifs : modélisations initiales trop optimistes, qualité d’exécution variable des travaux, mais aussi, et c’est l’hypothèse la plus structurante, des caractéristiques intrinsèques des matériaux qui ne se comportent pas en conditions réelles comme dans les conditions de mesure en laboratoire.

1.2 Un ressenti d’inconfort thermique qui persiste

La 2ème vague du baromètre ADEME « Sobriétés et Modes de vie » (été 2025), conduit auprès de 4 000 personnes représentatives de la population française, révèle qu’un français sur trois juge son logement mal isolé contre le froid et contre la chaleur.2 Ce constat s’inscrit dans un contexte paradoxal : des milliards d’euros ont été engagés en rénovation énergétique depuis quinze ans, les certifications se sont multipliées, et pourtant la qualité thermique perçue reste insuffisante pour une large part de la population.

1.3 Des méthodes de calcul réglementaires remises en question

Le rapport Rivaton, remis au ministère du Logement en juillet 2025, pointe une « adaptation climatique encore incomplète » de la RE2020, notamment sur le confort d’été. Il relève que l’économie carbone théorique attendue pourrait être 15 à 25 % plus faible dans la réalité, en raison d’écarts entre les valeurs déclarées des composants et leurs performances réelles en œuvre.3

L’Association des Industriels de la Construction Biosourcée (AICB) formule, dans son livre blanc 2025, un diagnostic complémentaire : les calculateurs RE2020, bien qu’intégrant la notion de confort d’été, ne prennent pas en compte l’ensemble des caractéristiques des matériaux qui influent sur ce phénomène, notamment le déphasage thermique des parois et les capacités de régulation hydrique.4 Une lacune que l’association appelle à corriger.

L’IFPEB et Carbone 4, via leur Hub des Prescripteurs Bas Carbone, confirment par ailleurs que seuls 8 projets sur 25 analysés respectent déjà les seuils RE2020 prévus pour 2025-2028, et que le recours aux matériaux biosourcés constitue le principal levier d’action disponible.5

Ces publications convergent vers un même constat de fond : les méthodes d’évaluation actuelles des isolants ne capturent pas l’ensemble des phénomènes physiques à l’œuvre dans les conditions réelles d’utilisation. Pour comprendre pourquoi, il faut examiner ce qui se passe précisément dans les combles perdus.

2. La convection interne dans les combles perdus : ce que mesure l’étude de Tampere

2.1 Protocole et contexte de l’étude

En 2019-2020, Henna Kivioja et Juha Vinha, chercheurs à la Faculté de physique des bâtiments de l’Université de Tampere (Finlande), publient dans la revue scientifique internationale Energy & Buildings (Elsevier) une étude rigoureuse sur la convection interne dans les structures de combles perdus fortement isolés.6 Cette recherche fait partie du projet public européen COMBI (Comprehensive development of nearly zero-energy municipal service buildings), financé par le Fonds Européen de Développement Régional et l’agence finlandaise TEKES, avec la participation de 37 entreprises. Les auteurs n’ont aucun conflit d’intérêt déclaré.

Le protocole est rigoureux : une structure de 5 m² reproduisant un plancher de comble perdu (plaque de plâtre, membrane d’étanchéité à l’air, isolant soufflé) est testée en boîte chaude calibrée (méthode EN ISO 8990), avec mesure précise de l’énergie dissipée. 24 configurations sont testées, en faisant varier : la nature de l’isolant (laine de verre soufflée à 25 kg/m³ / ouate de cellulose soufflée à 40 kg/m³), l’épaisseur (300 et 600 mm), la différence de température (20°C et 35°C), la ventilation du comble, et la présence ou absence de fermettes.

Un point de contexte important pour la France. La densité de 25 kg/m³ retenue pour la laine de verre dans l’étude correspond à une condition de test standardisée. Elle est sensiblement supérieure à ce qui est effectivement pratiqué sur les chantiers français : le Document Technique d’Application (DTA) du produit de référence pour la laine de verre soufflée en combles perdus, homologué par le CSTB, indique explicitement une masse volumique apparente en œuvre de 11 à 15 kg/m³.11 Les résultats de l’étude de Tampere ont donc été obtenus à une densité environ deux fois supérieure à celle couramment pratiquée en France.

2.2 Des résultats qui interrogent les méthodes de calcul réglementaires

Les mesures produisent des résultats qui remettent en cause la fiabilité de la valeur R déclarée comme unique critère de performance en combles :

  • Toutes les configurations testées en laine de verre soufflée entraînent une surconsommation d’énergie d’au moins 10 % par rapport au calcul théorique, due aux mouvements convectifs à l’intérieur même de l’isolant.
  • Dans la configuration la plus défavorable (comble ventilé, épaisseur 600 mm, fort écart de température), la consommation réelle est jusqu’à 63 % supérieure à ce que prédit le calcul basé sur le R déclaré.
  • Pour un simple écart de température de 20°C (courant en hiver dans les régions françaises tempérées) la laine de verre soufflée laisse passer jusqu’à 46 % d’énergie en plus que prévu.
  • Ce phénomène est présent dans 80 % des configurations étudiées en laine de verre, et ce même lorsque les paramètres semblent conformes aux seuils de la norme EN ISO 10456, ce qui remet directement en question la pertinence de cette norme réglementaire.
  • Pour la ouate de cellulose soufflée (densité 40 kg/m³) : le phénomène est absent ou marginal dans la quasi-totalité des configurations (0 à 16 % maximum, dans les conditions les plus extrêmes à 35°C d’écart).

2.3 Portée et limites de l’étude : ce que les auteurs précisent eux-mêmes

Les auteurs de l’étude sont explicites sur la portée de leurs résultats : ceux-ci « ne peuvent pas être directement généralisés à tous les isolants en vrac soufflés, car pour une même masse volumique, la texture microscopique peut être différente ». Ils limitent donc leurs conclusions aux matériaux et méthodes d’installation spécifiquement testés dans les projets COMBI et FRAME. Cette précaution est essentielle à conserver dans toute lecture des données : l’étude ouvre une question scientifique légitime sur l’adéquation des normes de calcul, elle ne condamne pas une catégorie de matériaux dans l’absolu.

Par ailleurs, l’étude COMBI s’inscrit dans un corpus de recherches nordiques convergentes. Les travaux de Gullbrekken et al. (Norvège, 2017 et 2019), publiés dans le Journal of Building Physics et cités dans l’étude de Tampere, ont de leur côté mesuré qu’une convection interne significative dans l’isolation en laine de verre à 500 mm se produit avec un nombre de Rayleigh modifié aussi bas que 4, valeur bien inférieure au seuil réglementaire de la norme EN ISO 10456, fixé à 15.12 Ces résultats renforcent la thèse selon laquelle les normes actuelles sous-estiment systématiquement le phénomène. Les mêmes auteurs ont par ailleurs observé un effet convectif significativement plus faible dans l’isolation en ouate de cellulose que dans l’isolation en laine minérale, confirmant le rôle de la densité et de la texture du matériau.

Enfin, l’étude FRAME de Vinha et al. (Université de Tampere, 2013), projet précurseur au COMBI, avait déjà mis en évidence une convection interne pour les deux types de matériaux testés (laine de verre et ouate de cellulose) lorsque l’isolation était installée manuellement. C’est la mise en œuvre par machine à souffler, spécifiquement adaptée à l’isolant en vrac, qui explique en partie les résultats plus favorables obtenus pour l’ouate de cellulose dans l’étude COMBI : la texture de l’isolant diffère selon la méthode de pose.6 Ce point souligne que la performance n’est jamais réductible au seul matériau : la qualité et la méthode d’installation jouent un rôle propre, pour tous les isolants.

2.4 Le mécanisme en cause : la convection interne

Le phénomène physique à l’origine de ces écarts est connu sous le nom de convection interne. Dans un comble perdu en hiver, une différence de température s’installe entre le bas de la couche d’isolant (côté chaud, en contact avec la pièce habitée) et le haut (côté froid, en contact avec le volume du comble). Dans un isolant poreux à faible densité, l’air chaud et léger monte au centre de la couche, l’air froid et dense redescend sur les bords. Ces mouvements tourbillonnaires à l’intérieur même de l’isolant transportent de la chaleur bien plus efficacement que la simple conduction. La résistance thermique effective s’en trouve réduite, parfois de façon très significative.

Ce phénomène est invisible lors des mesures en laboratoire, qui évaluent la conductivité thermique dans des conditions statiques et contrôlées. Il n’est pas capturé par la valeur R déclarée ni par la certification ACERMI, dont le protocole ne reproduit pas les conditions dynamiques d’un comble en conditions climatiques réelles. C’est d’ailleurs ce que les auteurs de Tampere concluent expressément en appelant à « une évaluation critique » des normes EN ISO 6946 et EN ISO 10456 pour déterminer si elles prennent en compte de manière adéquate les effets de la convection interne.

La résistance de la ouate de cellulose à ce phénomène s’explique par sa densité plus élevée et par sa texture cotonneuse fine, qui freinent mécaniquement les mouvements d’air internes. Les auteurs établissent explicitement ce lien entre masse volumique et comportement convectif, tout en précisant que la méthode d’installation joue également un rôle propre dans le comportement de l’ouate de cellulose.

« L’étude a montré que pour les structures isolées avec de la laine de verre soufflée à faible masse volumique, la convection interne peut entraîner jusqu’à 60 % d’augmentation du flux de chaleur à travers la structure. Néanmoins, l’augmentation pour l’isolation en ouate de cellulose n’était que de 0 à 10 % en moyenne, tandis qu’elle était de 30 à 40 % pour la laine de verre. »
— Kivioja & Vinha, Energy & Buildings, 2020

3. Critères complémentaires pour évaluer la performance réelle d’un isolant

La valeur R reste un indicateur nécessaire, mais il est insuffisant à lui seul pour prédire le comportement d’un isolant en conditions réelles. D’autres paramètres méritent d’être systématiquement intégrés dans l’évaluation.

La densité : variable déterminante face à la convection et condition de validité du lambda certifié

C’est la conclusion principale de l’étude de Tampere, que les travaux de Gullbrekken et al. confirment indépendamment : pour les isolants soufflés en combles perdus, la masse volumique conditionne directement la résistance à la convection interne. En dessous d’un certain seuil, la valeur R déclarée ne sera structurellement pas atteinte en conditions réelles, indépendamment de la qualité de la mise en œuvre.

Les données de terrain françaises donnent une mesure concrète de cet enjeu. La documentation technique officielle homologuée par le CSTB pour la laine de verre soufflée en combles perdus indique une masse volumique apparente en œuvre de 11 à 15 kg/m³.11 L’étude de Tampere a testé ce matériau à 25 kg/m³ soit une densité environ deux fois supérieure.

La densité de mise en œuvre a par ailleurs une incidence directe sur la fiabilité du lambda certifié ACERMI : pour les isolants soufflés en vrac, la valeur λ déclarée est certifiée à une densité nominale précise. Une mise en œuvre à densité inférieure à cette valeur de référence (ce qui peut se produire en cas de réglage insuffisant de la machine à souffler) conduit mécaniquement à une résistance thermique réelle inférieure au R calculé, sans que cela soit imputable au produit lui-même. C’est une raison supplémentaire pour laquelle la densité effective de pose mérite d’être vérifiée et documentée sur chaque chantier.

La ouate de cellulose soufflée est certifiée ACERMI pour des masses volumiques de 30 à 40 kg/m³ selon l’épaisseur.13 C’est dans cette plage de densité que l’étude de Tampere a confirmé l’absence de phénomène convectif significatif. À R déclaré équivalent, les comportements thermiques en œuvre des deux catégories de matériaux divergent donc sur ce critère précis, de façon documentée.

Le comportement hygrothermique : la gestion de la vapeur d’eau

La laine de verre soufflée est, par nature, très perméable à la vapeur d’eau. Le Document Technique d’Application homologué par le CSTB le précise explicitement : « le produit, une fois en place, est très perméable à la vapeur d’eau ».11 C’est précisément pour cette raison que le DTU 45.11 impose la mise en œuvre d’une membrane pare-vapeur dans de nombreuses configurations de combles perdus. Tout défaut d’étanchéité ou d’installation de ce pare-vapeur expose l’isolant à une prise d’humidité qui dégrade ses performances thermiques de façon significative, la laine minérale mouillée perdant une partie importante de sa résistance thermique, et ce de façon irréversible si le séchage n’est pas possible.7

La ouate de cellulose présente un comportement fondamentalement différent : matériau hygroscopique, elle absorbe et restitue naturellement la vapeur d’eau sans perte de performance ni altération structurelle. Cette capacité de tampon hydrique contribue à réguler l’hygrométrie intérieure et réduit la dépendance à un pare-vapeur contraignant dans les configurations compatibles. L’AICB souligne que cette propriété de régulation hydrique n’est pas prise en compte dans les calculateurs RE2020 actuels, ce qui conduit à une sous-évaluation des performances réelles des matériaux hygroscopiques.4

Le déphasage thermique et l’effusivité : les critères du confort d’été

Le déphasage thermique mesure le temps qu’une onde de chaleur met pour traverser une paroi. Plus il est élevé, plus la chaleur de la journée arrive tard à l’intérieur, idéalement après que la fraîcheur nocturne a permis d’évacuer la chaleur accumulée. L’effusivité mesure la capacité d’un matériau à absorber et restituer de la chaleur avec son environnement. Ces deux propriétés, calculables selon la norme ISO 13786, sont invisibles dans la valeur R et pourtant déterminantes pour le confort estival.

Elles dépendent directement de deux paramètres physiques : la densité du matériau et sa capacité thermique massique. Sur ce second point, les données techniques disponibles sont convergentes : la capacité thermique massique de la ouate de cellulose se situe entre 1 900 et 2 100 J/kg·K, soit environ deux fois celle des laines minérales (approximativement 1 000 J/kg·K).8 Combinée à sa densité de mise en œuvre nettement supérieure (30-40 kg/m³ contre 11-13 kg/m³ pour la laine de verre soufflée), cette propriété produit un déphasage thermique très différent : à épaisseur égale de 300 mm en combles perdus, la laine de verre soufflée offre un déphasage d’environ 3 heures, contre environ 9 heures pour la ouate de cellulose soufflée.8 L’AICB confirme que ces propriétés de déphasage ne sont pas correctement intégrées dans les calculateurs RE2020 actuels, au détriment d’une évaluation fidèle du confort d’été.4

L’empreinte carbone sur cycle de vie (FDES)

Avec le durcissement des seuils RE2020 (l’indicateur Ic construction est passé de 640 à 530 kg CO₂éq/m² pour les maisons individuelles au 1er janvier 2025, et il baissera encore en 2028 et 20319) la prescription de l’isolant n’est plus seulement une équation thermique. C’est aussi une équation carbone.

La ouate de cellulose présente ici un double avantage : une énergie grise très faible (fabriquée à partir de papier recyclé) et une capacité de séquestration du carbone biogénique. Pour une maison de 100 m² isolée avec environ 1 tonne de ouate, ce sont près de 1 370 kg d’équivalent CO₂ stockés dans la paroi pendant toute la durée de vie du bâtiment, un atout direct pour respecter les seuils RE2020 2025-2028.10

4. Vers une grille d’évaluation multicritères : application pratique

Les questions à intégrer dans toute analyse de performance isolante en combles

Sur la base des données présentées dans cet article, une évaluation rigoureuse de la performance d’un isolant soufflé en combles perdus gagne à intégrer les questions suivantes :

  1. Quelle est la densité réelle du produit soufflé en combles perdus ?
  2. Quel est le déphasage thermique de la paroi isolée ?
  3. Le matériau gère-t-il la vapeur d’eau sans recours systématique à un pare-vapeur ?
  4. Quelle est l’empreinte carbone FDES du produit au regard des seuils Ic construction RE2020 2025-2028 ?

Conclusion

Les publications récentes (étude INSEE/ONRE, rapport Rivaton, travaux de l’AICB, retours d’expérience IFPEB/Carbone 4) s’accordent sur un constat que la physique des matériaux vient alimenter : la résistance thermique R est une condition nécessaire mais insuffisante pour évaluer la performance réelle d’un isolant en conditions d’usage. Elle ne capture ni les phénomènes convectifs internes, ni le comportement hygrothermique, ni les propriétés d’inertie thermique qui conditionnent le confort d’été.

L’étude de Tampere (Kivioja & Vinha, 2020, Energy & Buildings) établit avec des mesures en boîte chaude calibrée que la convection interne peut, dans des configurations de combles perdus avec laine de verre soufflée à 25 kg/m³, entraîner jusqu’à 63 % d’énergie supplémentaire traversant la structure par rapport au calcul théorique. Les auteurs eux-mêmes limitent la généralisation de ces résultats aux matériaux et configurations testés, et appellent à des recherches complémentaires, notamment sur les densités réellement pratiquées en France (11 à 15 kg/m³ selon les données techniques homologuées par le CSTB), où aucune étude spécifique n’existe à ce jour. L’article ne prétend pas combler cette lacune : il signale qu’elle existe et qu’elle mérite d’être instruite.

Ce que ces données permettent en revanche d’affirmer, c’est que l’évaluation d’un isolant soufflé en combles perdus gagne à intégrer systématiquement la densité de mise en œuvre, le comportement hygrothermique, le déphasage thermique et l’empreinte carbone sur cycle de vie, en complément de la valeur R. Dans un contexte où les jalons RE2020 de 2028 et 2031 vont encore durcir les exigences, une grille d’évaluation multicritères constitue la base d’une prescription techniquement rigoureuse et réglementairement robuste.

Notes et sources

  1. INSEE / ONRE (Observatoire National de la Rénovation Énergétique), juillet 2025. Effets de l’isolation thermique des logements sur la consommation réelle d’énergie résidentielle. Document de travail n°2025-16. Étude fondée sur les données de compteurs communicants Linky et Gazpar, portant sur environ 80 000 maisons individuelles entre 2018 et 2023. insee.fr
  2. ADEME / ObSoCo, novembre 2025. Baromètre Sobriétés et Modes de vie — Pratiques, représentations et aspirations des Français en matière de sobriété. Enquête réalisée en été 2025 auprès de 4 000 personnes représentatives de la population française âgée de 18 à 75 ans. librairie.ademe.fr
  3. Robin Rivaton, juillet 2025. Rapport sur l’évaluation de la Réglementation Environnementale 2020. Mission commandée par la ministre du Logement Valérie Létard, remis le 10 juillet 2025. 66 pages. ecologie.gouv.fr
  4. AICB (Association des Industriels de la Construction Biosourcée), 2025. Livre blanc « Confort d’été : l’atout des biosourcés ». Document de 24 pages dédié aux professionnels de la maîtrise d’œuvre et de la prescription. Référence : Olivier Joreau, président de l’AICB. cahiers-techniques-batiment.fr
  5. IFPEB / Carbone 4 — Hub des Prescripteurs Bas Carbone, octobre 2024. Retours d’expérience RE2020 : à l’heure du premier bilan carbone. Analyse d’une cinquantaine de projets réels en logements collectifs et tertiaire. ifpeb.fr
  6. Kivioja H. & Vinha J., 2020. Hot-box measurements to investigate the internal convection of highly insulated loose-fill insulation roof structures. Energy & Buildings, vol. 216, 2020, 109934. Université de Tampere, Finlande. Projet COMBI financé par le Fonds Européen de Développement Régional, TEKES, 9 villes et 37 entreprises. Aucun conflit d’intérêt déclaré. DOI : 10.1016/j.enbuild.2020.109934. Traduction française disponible auprès de l’ECIMA (European Cellulose Insulation Manufacturer Association).
  7. DTU 45.11 (NF, mars 2020) et DTA Comblissimo (CSTB, Avis Technique 20/19-415_V1). Le DTA précise que la laine de verre soufflée est « très perméable à la vapeur d’eau » une fois en place, ce qui impose un pare-vapeur dans les configurations concernées. En cas de mouillage, les performances de la laine minérale se dégradent de façon irréversible si les conditions de séchage ne sont pas réunies, principe documenté dans le DTU 45.11 et par les experts du secteur (source : Conseils-thermiques.org, d’après règles de l’art). cstb.fr
  8. Données de capacité thermique massique et calculs de déphasage selon ISO 13786. Capacité thermique massique de la ouate de cellulose soufflée : 1 900 à 2 100 J/kg·K ; laines minérales : environ 1 000 J/kg·K (source : renovation-ecologique.fr, d’après données fabricants et fiches ACERMI ; valeurs cohérentes avec l’Avis Technique CSTB Thermofloc 20/05-91, cité dans forumconstruire.com). Déphasage thermique calculé à 300 mm d’épaisseur en combles perdus : laine de verre soufflée (~11-13 kg/m³) ≈ 3 heures ; ouate de cellulose soufflée (~35 kg/m³) ≈ 9 heures. Ces ordres de grandeur sont convergents entre plusieurs sources techniques. Méthode de calcul normalisée : ISO 13786:2017.
  9. Décret n°2024-1258 du 30 décembre 2024 modifiant les exigences de performance énergétique et environnementale des constructions de bâtiment en France métropolitaine. Entrée en vigueur le 1er janvier 2025. Seuil Ic construction maisons individuelles : 640 → 530 kg CO₂éq/m² (−17 %). Seuil prévu 2031 : 415 kg CO₂éq/m². ffbatiment.fr
  10. Données FDES ouate de cellulose, base INIES. Calcul stockage carbone biogénique : pour une maison de 100 m² isolée avec 1 tonne de ouate de cellulose (soit environ 900 kg de papier recyclé), environ 1 370 kg CO₂éq stockés pendant la durée de vie du bâtiment. Source : Igloo France Cellulose, données FDES INIES, avril 2024. cellulose-igloo.com
  11. Saint-Gobain Isover / CSTB, Document Technique d’Application (DTA) Comblissimo. Avis Technique 20/19-415_V1, CSTB. Caractéristiques du produit : « Masse volumique apparente en œuvre : environ 11 à 15 kg/m³ (+ 5 %) ». DTA disponible sur cstb.fr
  12. Gullbrekken L., Uvslokk S., Kvande T., Time B., 2017. Hot-box measurements of highly insulated wall, roof and floor structures. Journal of Building Physics, 41(1), 58–77. Et : Gullbrekken L., Grynning S., Gaarder J.E., 2019. Thermal performance of insulated constructions — experimental studies. Buildings, 9(49). Études confirmant la convection naturelle significative dans la laine de verre avec un nombre de Rayleigh modifié aussi bas que 4, et un effet convectif moindre dans l’ouate de cellulose. Citées dans Kivioja & Vinha (2020).
  13. ACERMI, table de correspondance isolants soufflés en combles perdus. Pour la ouate de cellulose soufflée, masses volumiques certifiées : de 30 à 40 kg/m³. acermi.com

Article rédigé sur la base de sources scientifiques et institutionnelles vérifiées. Les données issues de l’étude Kivioja & Vinha (2020, Energy & Buildings, Elsevier) sont tirées de la traduction française réalisée par l’ECIMA (European Cellulose Insulation Manufacturer Association). Les résultats de cette étude sont présentés dans leur périmètre de validité défini par les auteurs : ils s’appliquent aux matériaux et configurations testés et ne sont pas généralisables à l’ensemble des isolants soufflés. Aucun fabricant ni produit concurrent n’est cité ou mis en cause dans cet article, qui s’appuie exclusivement sur des catégories techniques génériques.

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